Partager son électricité pour limiter l'artificialisation des sols : un concept séduisant, mais tient-il réellement ses promesses ?
Le modèle wallon actuel du partage d'énergie est censé inciter les particuliers et les entreprises à investir au-delà de leurs propres besoins afin de valoriser les toitures bien exposées, d'éviter de mobiliser davantage de terrains et optimiser les investissements. Sur le papier, l'idée est séduisante. Dans les faits, le calcul est beaucoup moins convaincant.
Entre les démarches administratives lourdes, la complexité du système et les gains financiers limités, l'intérêt économique reste marginal.
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Situation |
Prix de l'électricité |
Gain |
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Sans partage |
Producteur injecte en moyenne à 0,02-0,03€/kWh Consommateur achète à 0,12-0,17€/kWh. |
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Avec partage |
Consommateur achète à 0,10 €/kWh (prix négocié en moyenne au sein d’une communauté) |
Écart de 0,10 à 0,14€/kWh à se répartir entre producteurs et consommateurs |
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Répartition équitable |
Producteur reçoit : 0,02 voire 0,03€ + 0,06€ = 0,08-0,09€/kWh Consommateur paie en moyenne : 0,16-0,06€= 0,10€/kWh |
Chacun gagne 0,06€/kWh |
Le prix doit être suffisamment attractif pour inciter tant le producteur que le consommateur à participer.
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Coût d'investissement (PV) |
± 1000 €/kWc |
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Gain par kWh vendu dans la communauté + le cas échéant des coûts pour la gestion de la CE qui peuvent se rajouter |
+0,06 € -0,02 € |
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Temps de retour sur investissement |
≈ 25 ans (soit la durée de vie de l’installation) |
Pour rentabiliser l’investissement, le producteur doit vendre son électricité au sein de la communauté pendant minimum 25 ans. En l’absence d’un modèle pertinent, les grands consommateurs d’énergie qui ne disposent pas de surfaces de toiture suffisantes sont contraints de rechercher des solutions tentant de concilier leurs besoins énergétiques et la préservation de nos territoires.
Le partage d’énergie peut également encourager le développement de batterie collective à l’échelle d’un quartier permettant une stabilisation du réseau, là encore le modèle économique est un frein important. Une batterie chez soi est vite rentabilisée lorsqu’elle est associée à une installation photovoltaïque, car sa charge et sa décharge ne nécessitent pas l’utilisation du réseau électrique, ce qui n’est pas le cas pour la batterie collective. Du coup, les investissements sont moins pertinents laissant seules les solutions individuelles se développer.
Conclusion
Avec 1 € investi pour seulement 0,04 € récupéré par an, il sera difficile d'atteindre les objectifs de protection des sols et de décarbonation que poursuit notamment le partage d'énergie.
Il est temps de revoir le modèle économique qui affiche l'ambition de faire du citoyen un acteur de la transition énergétique, mais qui, dans sa forme actuelle, peine à créer les conditions nécessaires pour encourager les investissements au-delà des besoins propres des producteurs.
Le partage d'énergie reste un levier intéressant pour renforcer les dynamiques collectives à l'échelle locale. Les politiques publiques devraient avant tout orienter les moyens disponibles vers les investissements offrant le meilleur retour collectif, tant sur le plan économique qu'environnemental.
Le photovoltaïque fait incontestablement partie de ces solutions. Favorisons des dispositifs simples, efficaces et incitatifs, plutôt que des montages complexes dont les coûts de gestion finissent, in fine, par être supportés par l'ensemble des citoyens.
Le gouvernement wallon est en train de revoir le cadre ; espérons que cette réforme permettra d'orienter les investissements vers des solutions plus simples et plus efficaces, au bénéfice de l'ensemble de la collectivité.